Catalina Claro, Brassens et « Los Hermanos » réunis à St Gély

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Après la première partie assurée par le groupe familial « En passant par Brassens », Catalina Claro commence son tour de chant par la chanson avec lequel le premier groupe avait fini le leur : « Mourir pour des idées ». La transition est assurée avec brio.  Catalina se permet de changer la mélodie à certains endroits et cela donne une saveur particulière à la chanson. Elle « joue » avec la mélodie, donc, mais aussi avec le tempo : elle ralentit puis elle accélère. Elle impose sa sensibilité. On a l’impression qu’il y a plusieurs personnes sur scène ; mais non, elle est bel et bien seule : tour à tour avec sa guitare, puis son piano. Elle nous donne, à nous spectateurs, une belle étendue de son talent. Sa voix rauque est successivement (à la fois) douce et forte. Elle Elle s’impose, mais à la fois, elle le fait tout en  finesse et le spectateur ne s’en rend pas compte..

Pendant son tour de chant, elle nous interprète Julien Clerc (« Déranger les pierres »), du Violeta Parra (« Gracias a la vida ».. que me ha dado tanto) mais aussi ses propres compositions. Parmi celles-ci, « Ma liberté » et aussi une chanson pour enfants très douce qui commence par : « Corderito mío…  » (mon petit agneau). Je me laisse bercer et je me dis que c’est dommage que mes filles aient grandi car je la leur aurais bien chantée. Et bien sûr, bien sûr, elle nous chante du Brassens (le dosage est parfait). Moi, qui l’ai connue, d’abord par le CD de ses versions du poète sétois (coproduit par ADSA), je suis aux anges. Ce que j’ai ressenti à l’écoute de ce disque, se poursuit et s’amplifie, maintenant que je la vois en vrai. Tout acquiert une dimension supplémentaire. Pour « Saturno », elle troque sa guitare pour le piano. Comme pour les chansons précédentes, l’accompagnement se fait à la fois, puissant et doux, comme une rivière qui peut bouillonner dans les torrents et puis, devenir plus calme. L’accompagnement est tout aussi réussi sur la « Juana ». Avec « La non demande en mariage », elle passe d’une langue à l’autre : le français quand le rythme est lent, l’espagnol quand cela s’accélère et devient plus joyeux. On a l’impression que les deux langues ne véhiculent pas les mêmes sentiments. On apprécie l’espagnol (« deshojar la margarita »), le français avec les rimes coupées  (« j’ai l’honneur de / ne pas te de/ mander ta main ») qui dans sa bouche acquiert une saveur toute nouvelle. Bref, on est touché au plus profond (bien sûr, je parle ici de ce que je ressens)

La soirée atteindra son point culminant au moment où elle interprètera « Los hermanos » de Atahualpa Yupanquí. Il existe une version sublime de cette chanson interprétée par Catalina lors d’une soirée chez Wazdjac en 2019 (lors des Journées Brassens). Elle se tient près d’une porte et chante, seulement accompagnée de sa guitare. L’attention des convives est extrême et l’émotion palpable. Après avoir vu cette vidéo de nombreuses fois, il est évident que j’attendais « Los Hermanos » comme le Messie. Je n’ai pas été déçue. A la guitare, l’accompagnement est ténu, mais les paroles universelles touchent tout le monde : « tengo tantos hermanos que no los puedo contar »(j’ai tant de frères que je ne peux les compter) ; « cuando se parece más cerca, es cuando se aleja más » (c’est au moment où les gens se sentent le plus proches, qu’en réalité, ils commencent à s’éloigner). Je savoure ces phrases et je me dis que Montand chantait un peu la même chose quand il disait « Mais la vie sépare / ceux qui s’aiment / Tout doucement / Sans faire de bruit… »). Finalement, les chansons se répondent les unes, les autres et expriment ce que tout le monde ressent. Atahulpa dit dans  sa chanson : « Así, nos reconocemos » (ainsi, nous nous reconnaissons »). C’est certainement cela qui m’aura le plus touchée pendant cette soirée : me sentir avec les autres (mis hermanos),  ressentir les mêmes sentiments qu’eux ; mais à la fois, avoir l’impression d’être seule et aussi avoir l’impression que Catalina ne chante que pour moi.

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